Incontinence anale


L'incontinence anale est une pathologie responsable d'une importante altération de la qualité de vie de patients dont l'âge peut parfois être jeune (incontinences du post-partum). L'utilisation des tests que nous avons développés a permis d'obtenir une nette amélioration clinique dans plus de 95 % des cas.

  • Propriétés mécaniques passives et actives du sphincter anal chez les patients constipés et incontinents.
  • Nous avons montré une modification des propriétés fonctionnelles du sphincter anal chez les patients présentant une constipation ou une incontinence anale. Pour étudier la fonction anale, nous avons proposé une nouvelle technique d'exploration, la quantification des propriétés mécaniques actives et passives du sphincter anal.

    L'étude a porté sur 84 sujets: 20 sujets témoins, femmes âgées de 40 ± 4 ans, 45 patients présentant une constipation fonctionnelle définie selon les critères de Rome (42 ± 3 ans, 39 femmes) et 19 patients présentant une incontinence anale (62 ± 2 ans, 17 femmes). Chez tous les sujets, la fonction ano-rectale a été étudiée à l'aide d'une manométrie ano-rectale et d'une étude de la relaxation du sphincter anal : variations de pression après une distension rapide à 12 ml d'un ballonnet posé dans le canal anal et maintenue pendant 120 s. L'enveloppe inférieur des courbes caractérisant les propriétés passives, la différence la courbe expérimentale et l'enveloppe inférieure définissant l'activité anale. Les courbes sont paramétrées à l'aide de 4 modèles: linéaire, exponentiel, exponentiel puissance et antiparabolique (y=a/ [1+(bt)^c]).

    Au cours de la distension, la relaxation du canal anal se traduit par une diminution de pression d'allure exponentielle au mieux paramètrée par le modèle antiparabolique (Figure). Chez les patients constipés, la constante de temps de la décroissance (T½) 50±6 s est supérieure à celle des sujets témoins (38±9 s) et à celle des incontinents 30±4 s (p<0.01). Par contre l'activité anale enregistrée au cours du test n'est pas différente entre les 3 groupes 37±5 J, 25±5 J, 29±4 J respectivement pour les groupes constipés, incontinents et témoins (p=NS).

    Constipation et incontinence anale sont donc caractérisées par une modification des propriétés passives du canal anal respectivement augmentation et diminution de la résistance.

  • Importance de la mesure du temps de transit colique dans la prise en charge de l'incontinence anale idiopathique.
  • L'incontinence anale idiopathique (IAI) est une pathologie invalidante dont la prise en charge demeure mal codifiée. La mesure du temps de transit colique (TTC) à l'aide des marqueurs radio-opaques est un examen simple, aisément réalisable. Le but de ce travail est de montrer la place de ce test dans la prise en charge de l'IAI.

    Cent cinq patients consécutifs (82 femmes, 59±16 ans) ont été explorés pour IAI faible (65%) ou sévère (35%) à l'aide d'une manométrie ano-rectale et d'une mesure du TTC à l'aide de marqueurs radio-opaques en utilisant l'ingestion quotidienne de 12 marqueurs pendant 6 jours et la réalisation d'un ASP le 7éme jour. Le transit était ensuite déterminé à l'aide de la formule TTC=2*n, où n est le nombre de marqueurs présents dans le cadre colique. Selon les résultats de la mesure du TTC, un traitement par des modificateurs du transit et/ou une rééducation étaient proposés, quelque soit la sévérité de l'IAI.

    Trois populations d'égale importance ont ainsi pu être déterminées : 34 patients (32%)avaient un TTC<30 h, 38 patients (36%)un TTC compris entre 30 et 70 h, et 33 patients (32%) un TTC>70 h. L'exploration manométrique ano-rectale fournissait des paramètres dont les anomalies étaient comparables dans les 3 groupes d'IAI : diminution de la pression anale de repos, de l'amplitude et de la durée des contractions volontaires, instabilité anale. Le groupe à transit rapide était amélioré par le lopéramide à très faible dose, seul (63%) ou associé à une rééducation sphinctérienne (37%). Dans le groupe à transit ralenti, le traitement de la constipation suffisait dans 76% des cas à résoudre l'incontinence; 24% des sujets ont ensuite bénéficié d'une rééducation sphinctérienne. Le groupe à transit normal était traité par rééducation sphinctérienne exclusive. Au total, dans 95% des patients, l'incontinence avait disparu après traitement.

    La mesure du TTC est utile pour codifier la prise en charge des patients incontinents en démasquant un trouble du transit à traiter avant le traitement de l'incontinence.